08/01/2010

Ce lien qui ne meurt jamais de Lytta BASSET

ESSAI/RECIT PARU EN 2007
Le choix s'est fait dans le cadre de ma tournante de livres.
Je lui donnerai 4/10.
Quelques mots sur l'auteur : Lytta Basset est née en 1950 en Polynésie française. Son père était Pasteur missionnaire (13 déménagements durant l'enfance de Lytta Basset) et d'une mère poète. Elle a obtenu une licence de philosophie à l'université de Montpellier puis sa maîtrise à Strasbourg, où elle effectuera ses études de théologie. Elle a vécu et travaillé en Inde, en Iran, à Djibouti et aux Etats-Unis. Elle occupe actuellement un poste de professeur de théologie à la faculté de Neuchâtel en Suisse. En parallèle, elle donne de nombreuses conférences et anime des sessions de formation dans les pays francophones. Par ailleurs, elle dirige la revue internationale de théologie et de spiritualité "La chair et le Souffle". J'ai lu qu'elle a été nommée pasteur à l'Eglise Réformée de Genève de 1981 à 1997. Son fils Samuel s'est suicidé à 24 ans en mai 2001, ce qui l'a profondément marquée. Dans son oeuvre qui compterait une douzaine d'ouvrages, j'ai sélectionné en 1994 "Le pardon originel. De l'abîme du mal au pouvoir de pardonner", 1999 "Guérir du malheur", 2002 "Sainte Colère", 2007 "Ce lien qui ne meurt jamais" et en 2010 "Aimer sans dévorer".
RÉSUME : Ce livre a été inspiré par le suicide de son fils Samuel cinq ans plus tôt. Elle avait pris des notes sur ce qu'elle ressentait sur le moment, puis un jour, elle a eu le courage de témoigner sur sa mort. Son récit est jalonné de méditations et de ses réflexions personnelles. Il se décompose en deux volets : elle raconte les faits de son passé en les définissant à la troisième personne (en italique) et le reste des écrits, qui se passent dans le présent, elle les fait à la première personne.
MES IMPRESSIONS : Lytta Basset a incontestablement énormément souffert et culpabilisé après le suicide de son fils Samuel. On sent qu'elle tente de remonter la pente mais elle replonge régulièrement. Faire le deuil d'un enfant à mes yeux est presque impensable. Elle avait visiblement une relation fusionnelle avec cet enfant, un amour passionnel. Lorsqu'il a eu sa traversée du désert en revenant d'Amérique latine, elle se sentait impuissante et inefficace pour l'aider. J'ai relevé dans le livre page 60 "...je vivais une éternité de douleur. Perdre son enfant est une chose, le sentir perdu en et une autre." On est dans un schéma relativement courant où la vie bascule et s'effondre après un tel évènement. Je compatis complètement à cette tristesse et cette souffrance. Par contre, j'ai mis une mauvaise note au livre car il ne m'a pas vraiment plu. J'ai eu l'impression de lire une thèse que le professeur exposait. Ce livre pour moi sonne creux, il reste parfaitement impersonnel. Les références bibliques sont trop nombreuses et on ne retient rien. Ce sont des textes mais pas ses réelles impressions. En fait, pour pour moi, elle se masturbe le cerveau dans le vide. J'ai pu écouter, de plus, quelques interviews d'elle pour ainsi mieux cerner sa personnalité. J'ai été déçue comme le livre. Pourquoi, me direz-vous ? Je dirai dans un langage un peu familier sans doute "qu'elle s'écoute".  Sa parole et sa foi trop intellectuelle, pour moi, ne sont pas sincères. Elle essaye par tous les moyens de se réconcilier avec la mort de son fils à travers son travail de réflexion et ses conférences. Elle papillonne partout sans prendre le temps de se poser réellement pour faire le point avec elle-même car elle a peur de ses propres réactions sur sa potentielle culpabilité qui doit la ronger. Elle préfère alors s'étourdir pour ne pas penser. Elle ne maîtrise rien. Je ne me sens pas proche de sa démarche. Elle manque de simplicité, de naturel et de spontanéité. Je pense aussi qu'elle a pu transmettre sa propre fragilité à son fils de façon tout  à fait inconsciente ce qui la rend complètement innocente mais c'est un constat que l'on peut analyser après les faits qui ont été malheureusement tragiques pour son fils, elle et le reste de sa famille. On sent une relation mère/fils très forte dans ce livre comme s'il n'existait rien autour d'eux et qu'il n'y avait qu'elle sur qui reposaient les problèmes de Samuel. Sa relation est très exclusive. Comme si elle était seule capable de pouvoir sortir son fils de  sa grande détresse. Pour conclure, je dirai que c'est un livre forcément délicat à lire pour des personnes touchées par le deuil. Dans le même thème j'ai préféré "Le Fils"  de Michel Rostain, lu en même temps, qui est un récit beaucoup plus positif, certes sans référence religieuse mais raconté sur un tout autre ton, simple et humoristique sans se prendre la tête et sans tomber non plus dans le côté exagéré, pathétique et ridicule. Il faut ajouter que cette mort-là n'était pas un suicide mais une maladie foudroyante. A vous de voir si vous êtes tentés par ce type de lecture. Je n'aurai personnellement  lu aucun de ces livres s'ils n'étaient pas tombés entre mes mains.

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