10/05/2024

L'invisible Madame Orwell d'Anna FUNDER

ROMAN PARU EN 2024 (vf)
Le choix de ce livre s'est fait dans le cadre de ma tournante de livres. 
Je lui donnerai 9/10.
Quelques mots sur l'auteur : Anna Funder, d'origine australienne, est née à Melbourne en 1966. Elle a grandi entre Melbourne, Paris et San Francisco. Elle part faire ses études supérieures à l'université de Melbourne et de Berlin en création littéraire puis en droit international. Elle va travailler alors comme avocate en droit international pour le gouvernement australien et en production pour la télévision et la radio allemande. Elle vit aujourd'hui à Sydney avec son mari et ses 3 enfants. Le fait d'habiter et de travailler à Berlin a inspiré son travail d'écrivain et le début de sa carrière littéraire lui fait stopper ses activités professionnelles et ses commentaires politiques. Elle est nommée dans le top 100 des personnes influentes par le Sydney Morning Herald en 2011. Elle résonne auprès d'un public international et contribue de manière significative à la littérature contemporaine. Avant de parler de l'oeuvre d'Anna Funder, on dit qu'elle est reconnue pour ses essais publiés dans divers journaux et magazines et qui ont été identifiés dans The Time, The Economist, The New York Times, The Financial Times, The Guardian et The Telegraph. Son premier essai "Stasiland" qui est devenu un best-seller date de 2002, il sera primé par le Samuel Johnson Prize en 2004. Il explore les dessous de la police secrète à l'époque de la RDA. "Tout ce que je suis" a reçu le prix du premier roman, lauréat du Miles Franklin Literary Award. "L'invisible Madame Orwell" est paru en 2023 en vo et en 2024 en vf. Il a été récompensé par le Prix de la Fnac et traduit en français en 2024 par Carine Chichereau. 
RÉSUMÉ : Grâce à la découverte des lettres d'Eileen O'Shaughnessy à son amie Norah, Anna Funder a pu écrire un roman ou un genre de biographie romancée sur cette femme de l'ombre qui avait été l'épouse de George Orwell, son nom de plume et Éric Blair son nom. Elle raconte la vie d'Eileen Orwell qui a soutenu son mari et qui assumait l'intendance de la maison qui permettait à l'écrivain d'écrire ses livres en toute liberté et débarrassé des responsabilités bassement matérielles de la vie quotidienne et familiale. Grâce à ces archives, la vraie personnalité complexe de George Orwell est dévoilée, fragile mais brillant écrivain. Par contre ses ambitions semblaient primer sur tout, au point de maltraiter sa femme dans une vie où la condition féminine est piétinée malgré l'amour qui les liait. 
MES IMPRESSIONS : Ce livre m'a vraiment passionnée surtout que je n'ai jamais rien lu de George Orwell. J'ignorai tout de leur vie conjugale délicate en raison des conditions historiques de l'époque qui n'ont pas facilité leur union, de la pauvreté dans laquelle ils vivaient et les santés fragiles de l'un et l'autre. 
Eileen a de gros problèmes féminins d'hémorragie (on suppose une endométriose) qui l'entraînent jusqu'à la mort et lui une tuberculose non avouée et mal soignée qui a miné son quotidien. Lui a une envie irrépressible d'écrire à tout prix mais il a besoin de calme et de temps et elle aimerait bien travailler voire écrire aussi mais elle n'en a guère le temps car elle doit accompagner son époux dans les tâches de maison des plus exécrables allant jusqu'à déboucher les toilettes. La condition féminine est mise à rude épreuve mais on est dans la première partie du XXème siècle et on en parle peu. Eileen va travailler aussi pour assurer leur train de vie et même risquer sa vie dans des emplois tournés vers la propagande politique en Espagne. Ils ont tous les deux été menacés politiquement. Ce qui est original dans le livre d'Anna Funder, c'est que son livre narre 2 histoires imbriquées, la sienne et celle d'Eileen. Elle veut faire passer un message pour les lecteurs. Et malgré des décennies qui les séparent, les similitudes sont troublantes. Ce qui interpelle c'est à la fois les sacrifices des femmes et la lutte pour leurs reconnaissances à exister. Anna Funder s'interroge sur l'évolution ou non de la condition féminine. Ce que j'ai pu noter c'est que par son livre on découvre quand même beaucoup de choses sur George Orwell et que finalement il n'aurait pas pu éditer si sa femme n'avait pas été là. Elle est bienveillante face à un mari qui l'aimait à sa façon mais qui la trompait à tous les coins de rue. Quand elle meurt avant lui, il n'a plus d'inspiration et il devra trouver une seconde épouse pour réaliser son livre "1984". Eileen a collaboré de très près à la publication de "La ferme des animaux" en partageant la rédaction et les corrections de ce livre avec son mari car elle avait une grande complicité intellectuelle avec lui. Ce livre est un bel exemple sur la vie de couple et la condition féminine de l'époque. 

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