03/01/2010

Notre histoire (1922-1945) d'Hélie de SAINT MARC et August von KAGENECK / Conversations recueillies par Etienne de MONTETY


RECIT PARU EN 2002
 Le choix de ce livre s'est fait dans le cadre de ma tournante de livres.
Je lui donnerai 9/10.
Quelques mots sur les auteurs :
Etienne de Montety : journaliste, directeur adjoint de la rédaction du Figaro. Habitant de Porchefontaine, il a écrit une biographie de Thierry Maulnier (1994), d'Honoré d'Estienne d'Orves (2001), un essai sur le critique et romancier "Salut à Kléber Haedeus". Son premier roman en 2009 "L'article de la mort". Il a été l'instigateur de la rencontre entre Hélie de Saint-Marc et August von Kageneck en 1999 qui a permis l'écriture de ce livre.
Hélie Denoix de Saint Marc : Né en 1922 à Bordeaux d'une famille d'hobereaux de robe du sud-ouest, il entre dans la résistance à 19 ans et sera déporté au camp de Buchenwald en 1943 sur dénonciation. Il a embrassé la carrière d'officier et servi dans la légion étrangère en Indochine puis en Algérie. Il fut l'un des principaux acteurs du Putsch des Généraux en 1961. En 1957, il se marie à Neustadt non loin de son calvaire vécu quelques années plus tôt alors que son futur beau-père était là en garnison. Dans son oeuvre, on trouve en 1995 "Les champs de braise" co-écrit avec Laurent Beccaria et qui a reçu 5 prix, "Toute une vie" avec L. Beccaria en 2004 et quelques autres titres. Dans le livre "Notre histoire" paru en 2002, on trouvera d'autres détails sur sa vie.
August von Kageneck : Né en 1922 en Rhénanie d'une famille noble, il décédera en 2004 en Allemagne dans la région de Lübeck des suites d'une longue maladie. Son père a été aide de camp de Guillaume II et fut témoin de la montée du nazisme sans être contaminé par l'idéologie hitlérienne. August s'engagera dans la Wehrmacht d'Hitler ainsi que ses quatre frères en 1939. En 1942, il sera sérieusement blessé au visage et servira alors comme instructeur à l'école des blindés de Krampnitz. A la fin de la guerre, il se rendra aux américains. Il s'installera en France où il exerce la profession de journaliste dans le journal die Welt durant 16 ans, il se mariera en 1955 avec une veuve d'officier française. Il a oeuvré pour la réconciliation France / Allemagne. Dans son oeuvre on trouve : "Lieutenant de panzers" en 1994, "Examen de conscience" en 1996, "La guerre à l'est" en 1998, en 2002 "Notre histoire".
RESUME : Echanges écrits et discussions qui ont duré plus de deux ans entre Hélie de Saint Marc et August von Kageneck. Le livre a été élaboré grâce à l'initiative d'Etienne de Montety qui a permis la rencontre entre ces deux hommes. C'est un livre sous la forme de questions / réponses entre les deux hommes en partant du début de leur vie en 1922 jusqu'à la fin de la guerre en 1945.
MES IMPRESSIONS : Au delà de l'intérêt de ce livre, j'ai beaucoup apprécié la façon dont il a été conçu. Le dialogue entre les deux hommes se questionnant mutuellement à chaque fois sur la même période de leur vie est très vivant. Ainsi est mis en parallèle immédiatement ce que chacun vivait, savait et ce qu'il se passait autour de lui. Chacun semblait victime d'évènements totalement indépendants de sa vie et qui pourtant vont les entraîner malgré eux dans une tourmente infernale. A la base, ils auraient sans doute préféré vivre tranquillement dans leur famille respective de condition plutôt aisée. Leurs deux témoignages nous apportent plus que l'histoire de la seconde guerre mondiale à proprement parlé mais du vécu. Il fallait que leur histoire devienne notre histoire à nous aussi. Grâce aux récits de leurs expériences, ils nous révèlent à haute voix ce que les livres n'avaient pas encore révélé : la violence de la politique dans la république de Weimar des années 20, l'attitude de la société allemande face à Hitler, l'organisation de la vie quotidienne au camp de Buchenwald. August von Kageneck nous apprend que cette rencontre avec Hélie a été pour lui une nouvelle étape de son travail de réconciliation, un parachèvement. Il a été touché par la sollicitude d'Hélie de Saint Marc qui a su trouvé les mots pour ne pas abaisser le vaincu qu'il représentait. Il l'a écouté et compris. C'est un excellent exemple de pardon entre deux hommes qui serait en fait à plus grande échelle entre deux peuples. August a dit "nous sommes deux facettes d'une réalité...Nous venons d'un même monde, étranger aux mentalités d'aujourd'hui". Soudain, ils se sont retrouvés très proches. Pour Hélie de Saint Marc, il exprime cette expérience d'écrits à deux comme une sorte de testament à tous ceux qui se sont intéressés à lui et à son destin. Il a été longtemps silencieux puis après ses livres, il a à nouveau envie de retourner dans l'ombre. Ce livre est en fait l'aboutissement de toute une réflexion sur tout ce qu'il a vécu et cette rencontre clôt le débat en quelque sorte. Il a dit "Homme de guerre, j'ai aimé la paix, et c'est par elle que je veux conclure ce cycle d'écriture". J'ai appris par les réflexions de ces deux hommes que la France et l'Allemagne se sont affrontées 3 fois en moins de 300 ans mais qu'elles sont devenues des partenaires indéfectibles maintenant. Mais pour autant, il ajoute que "rien de ce qui reste à écrire ne changera le sens de leur vie". La vie les a réunis, cela a été un très grand moment qu'ils nous ont permis de partager avec eux. En conclusion, j'ai relevé aussi "Il y a un temps pour tout, un temps pour vivre, et un temps pour se battre, un temps pour aimer et un temps pour témoigner". Je finis ma réflexion par toutes ces citations, car elles résument par elles-mêmes l'état d'esprit des deux hommes. Un livre qu'il faut absolument consulter car il nous montre combien l'homme est vulnérable, fragile et influençable. On doit prendre chacun conscience que l'on ne doit pas suivre sans discernement n'importe quelle direction et écouter n'importe qui sans réagir. Mais comme dit Hélie de Saint Marc en page 277 : "J'éprouve un impérieux besoin de justice mais pas de vengeance. Le pardon face à un coupable qui ne se repent pas, ce n'est pas juste. S'il donne des signes certains de ne plus être coupable, alors je suis prêt à pardonner". Ce sera le mot de la fin.

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